Dominants et dominés chez les animaux

15 Juil

J’ai lu le livre  Dominants et dominés chez les animaux d’Alexis Rosenbaum (éditions Odile Jacob) que j’ai trouvé intéressant. Facile à lire, en moins de 200 pages il offre un éclairage opportun sur un sujet qui fait parfois l’objet de discussions vives.livre-dominant-domines

Même s’il est souvent question de primates, certains propos ne semblent pas seulement familiers à notre condition d’humain mais aussi à nos compagnons domestiques.

Ce qu’il en ressort c’est que les relations de subordination, le lien hiérarchique, n’est pas un concept aussi simple qu’il n’y paraît. Une chose est sure, cela ne dépend pas uniquement de l’individu lui-même !

Je vous propose quelques phrases, extraites du livre, pour saisir certains points clés.

A quoi sert la hiérarchie ?

« Un rapport de subordination clair, établi via des comportements formalisés, aide les vaincus à rester à proximité des vainqueurs et, plus généralement, facilite l’établissement de liens sociaux non violents. »

Les animaux dominés profitent donc des ressources et de la protection du groupe via des relations de subordination. Ainsi le vaincu n’a pas à fuir le groupe et se retrouver seul, ayant moins de chance de survie. Il y a des avantages à avoir un statut « inférieur ». De même, si les membres de statut « supérieur » tolère leur présence c’est qu’ils en tirent avantage. D’ailleurs «l’assouplissement de la dominance est lié davantage à l’utilité que représente la présence des subalternes qu’à une tolérance spontanée. »

Qu’est-ce qui détermine la dominance ?

Un point important :

« (…) les relations de dominance peuvent être le résultat de l’expérience personnelle de l’animal autant que de ses prédispositions innées. ».

Chez certains animaux, le résultat des victoires et défaites passées auront plus d’influence que sa condition physique par exemple. C’est aussi pourquoi, chez d’autres, le rang social peut augmenter graduellement avec l’âge.

On va même plus loin :

« (…) les schémas de dominance peuvent dépendre à la fois des traits individuels, de l’âge de l’individu (ou de son ancienneté dans le groupe), de son expérience personnelle et des alliances qu’il peut former. »

Dans le livre figure l’exemple d’une espèce de primates dans laquelle il avait été observé que «  les femelles dont la progéniture avait de meilleures chances de survie n’étaient pas les plus gradées, mais les mieux « intégrées » c’est-à-dire celles qui entretenaient le plus de liens de proximité et de toilettage avec leurs congénères ».

Précision fondamentale :

« La relation de dominance, par nature, est une relation. En tout rigueur, elle n’est pas un attribut individuel. »

On n’est pas dominant ou dominé de manière intrinsèque, on l’est par rapport à un autre individu.

« Une hiérarchie de dominance stable n’est utile que lorsque des animaux cohabitent durablement. Ce sont surtout ceux qui peuvent entrer en interaction répétée qui ont intérêt à économiser le coût de leurs interactions en les normalisant. »

Inutile de dépenser de l’énergie pour une rencontre éphémère. La hiérarchie va servir à régulariser les relations et donc à rendre possible la coexistence au sein d’une communauté.

Importance de l’environnement

« Les différences hiérarchiques entre espèces ou populations seraient influencées par des facteurs écologiques. »

Pour preuve, voici deux schémas très intéressants :

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Plus la ressource est concentrée dans l’espace (voire n’est disponible que sur un temps limité) et a une grande valeur, plus il y a de risques de conflits (régime de type contest (combat, dispute)). Si les ressources sont réparties de manière uniforme, éparpillées, difficilement défendables, de faible valeur (cas des étendues herbeuses pour les herbivores), les risques de conflit sont faibles (régime de type scramble (ruée)).

« Pour expliquer l’organisation sociale d’une population, il est donc nécessaire de tenir compte des gènes, de l’environnement et des interactions entre les deux. »

Et la captivité ?

« Quant à la captivité collective, on peut dire qu’en privant des animaux de la possibilité de s’échapper, l’expérimentateur fait déjà un pari sur leur capacité à puiser dans leur répertoire comportemental les moyens de cohabiter à proximité. »

Cela me rappelle quelques observations faites sur des loups en captivité, qui ont été généralisées aux loups en liberté… et qu’on a voulu superposer au chien !
En conclusion, la hiérarchie, ce n’est pas aussi simple qu’on veut nous le faire croire :

« Impossible d’envisager les hiérarchies de dominance, désormais, sans prendre en compte les comportements de coopération et d’apprentissage qu’elles encadrent, ou les dimensions d’affiliation et de parenté qu’elles possèdent. »

Bonne lecture !

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