Domestication, spéciation, raciation… selon Antoine Bouvresse, vétérinaire

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Croyez-vous véritablement que les origines de votre race de prédilection, quelle qu’elle soit, sont forcément nobles et remontent à des temps immémoriaux ? Les races de chiens sont très récentes, même si la sélection, elle, est très ancienne.

1. La domestication

La domestication est l’adaptation à une association intime avec l’être humain.

 « La domestication nécessite une forme de coexistence entre une espèce et l’homme. Cela demande une proximité et une durabilité entre les deux protagonistes » (B. Deputte, 2006)

D’après les cinq théories de la domestication (Adam Miklosi), il y aurait eu un mélange de sélection naturelle et artificielle : capture puis sélection de jeunes canidés sauvages par l’homme mais aussi création de niches écologiques propices au rapprochement du chien et donnant lieu à une co-évolution du chien et de l’homme.

Pourquoi domestiquer le chien ?

Pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire d’avoir une approche ethno-zoologique : les découvertes préhistoriques sont rapportées aux utilisations indigènes observables de nos jours et non aux utilisations de notre société actuelle.

  • La chasse

C’est ce qui vient en premier à l’esprit. Or, le plus souvent, le chien accompagne l’homme à la chasse plus qu’il ne l’aide à chasser.

Il a été observé de véritables coopérations de chasse avec le dingo et le chacal. En Inde, des chasseurs peuvent suivre un loup qui chasse puis lui dérober sa proie.

Les chasseurs aborigènes d’Australie, eux, renvoient leurs chiens avant d’aller chasser.

Il semblerait donc que le chien constitue pas particulièrement un atout pendant la chasse.

  •  Les déchets

Les déchets sont liés à la vie sédentaire. La sédentarité est à l’origine d’un lien stable, utile pour les deux parties, et dispensatrice de ressource alimentaire.

Mosaïque au chien - Pompéi
Mosaïque au chien – Pompéi

Par exemple, les viscères des proies ne sont pas consommées par l’homme mais constituent de la nourriture pour les chiens.

Dans les grandes villes, les chiens « éboueurs » jouent un rôle important. C’est une fonction sanitaire et de prévention des prédateurs et nuisibles.

  • Fonction ludique

De jeunes animaux sont prélevés dans la nature et élevés par les enfants. Les plus craintifs et les plus agressifs sont chassés ou éliminés (vraisemblablement consommés). Il y aurait donc un début de sélection artificielle.

  • Fonction de gardien

Il n’y avait pas de troupeaux à garder lors de l’apparition du chien. Mais le chien primitif pouvait défendre sa

ressource alimentaire et son territoire commun avec l’homme des autres prédateurs.

  • Nourriture

Le chien aurait pu constituer le premier troupeau et être consommé par l’homme.

  • Objet de culte

Anubis (homme à tête de chien ou de chacal) protège et surveille les défunts.

En Iran, le chien aurait été lié à la nécrophagie, permettant ainsi la libération de l’âme du défunt.

La domestication a créé une nouvelle espèce. On peut alors parler de spéciation.

 

2. La spécialisation

Deux morphotypes majeurs vont apparaître dès le début de la spécialisation :

  • type graïoide (chasse, machine à courir)
  • type molossoïde (gardien de troupeau, c’est le chien de berger)

L’émergence de ces deux variétés est liée à une spécialisation du travail. Il y a ainsi une pression de sélection de la part de l’humain.

Image credit: nspence / 123RF Banque d'images
Image credit: nspence / 123RF Banque d’images

Le type graïoide a les membres allongés, les flancs plats, une colonne vertébrale longue et souple et une face longue. Il est léger, grand, rapide.

Le type molossoïde a une tête large, la crâne arrondi, le museau court, il est massif et puissant.

Dès l’Antiquité, on distingue quatre groupes de chiens : le gros chien de garde et de ferme, le chien de berger, le chien de chasse et le petit chien de compagnie.

A partir du Moyen Âge, l’art de la vénerie se développe et les chiens de chasse se spécialisent. Les premiers principes de sélection sont évoqués.

3. Raciation

La cynophilie moderne et la notion de race canine sont nées de la passion d’éleveurs pour une race en voie de disparition. Il s’agissait du bulldog.

En effet, le bulldog était un chien sélectionné pour les combats entre chiens et taureaux. Ces combats ont été interdits en 1835. Pourtant, pour la première fois, on va continuer de sélectionner cette variété alors que la fonction a disparu. C’est une sélection contre-comportementale.

De nos jours, les chiens sont davantage sélectionné sur leur morphologie, or la morphologie découlait du rôle qui était confié au chien.

4. Tendances comportementales

Le comportement est constitué de :

  • génétique (échelle de la race et de la lignée)
  • conditions de développement (capacités sociales et cognitives)
  • apprentissages
  • état émotionnel
    • à long terme : état anxieux
    • instantané : peur, appréhension, frustration…

Il s’agit de le considérer dans son ensemble et dans son système plutôt que comme une addition de symptômes.

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Le processus de spécialisation est à l’origine de l’apparition de tendances comportementales.

Il y a de multiples variétés canines aux aptitudes propres et qui présentent par leur histoire des différences comportementales spécifiques.

Il existe très peu d’études sur les particularités comportementales des races-groupes. Certaines ont décrit quelques tendances comportementales chez les terriers, mais elles seraient moins marquées chez les molosses.

Certaines tendances comportementales vont être perçues comme pathologiques ou en tout cas gênantes pour le maître, alors qu’elles font parties du répertoire comportementale du chien.

(notes sur la conférence d’Antoine Bouvresse lors du congrès du MFEC – mars 2013)

A lire : Des races canines : histoire, génétique et tendances comportementales, par Antoine Bouvresse, dans l’ouvrage Comportement et éducation du chien (p.245).

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