Interview d’Eric Bonnefoi, auteur du livre « Votre chien et vous : heureux ensemble »

4 Sep

Eric Bonnefoi est un relatiologue© comportementaliste. Il est l’auteur du livre « Votre chien et vous : heureux ensemble » (éditions InterEditions), paru cet été, que j’ai lu avec plaisir. Très intéressée par le thème, bien sûr, puisqu’il s’agit de la relation homme-chien, j’ai découvert dans cet ouvrage des idées pertinentes qui permettent de creuser profondément ce lien qui existe entre notre chien et nous. Comment créer cette harmonie que nous recherchons tous avec nos chiens ?

Interpellée par cet ouvrage, j’ai donc contacté Eric Bonnefoi pour lui poser quelques questions sur le sujet. Ses réponses vont forcément vous donner envie de lire son livre !

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1. Eric, vous êtes relatiologue ©. Il s’agit d’un terme inédit dans la communauté du chien. Pouvez-vous nous donner des précisions sur votre métier ?

Oui c’est un terme inédit d’autant plus que je l’ai déposé à l’INPI. Si j’ai choisi de m’attribuer ce terme, et surtout de l’accoler à celui de comportementaliste, c’est que je suis persuadé qu’il a plus de sens et correspond mieux à ce que devrait être notre activité. Le problème du terme de comportementaliste est qu’il ne définit les éventuelles questions ou problèmes rencontrés avec le chien qu’à travers la notion des comportements de ce dernier, ce qui n’est pas du tout le cas. J’insiste sur le fait que le chien n’a pas en tant que tel de problèmes de comportement, sauf à de rares exceptions. C’est la vision humaine de ce qu’il fait qui pose un problème. Un chien qui aboie, c’est normal, un chien qui mord c’est aussi normal… Si l’on ne peut l’entendre et l’accepter il faut acheter un poisson rouge !

Par ce terme, j’ai voulu marquer de façon visible que, pour l’essentiel, tout est question de relation. Comme une relation est l’ensemble des comportements mis en œuvre dans le cadre d’une interaction entre aux moins deux individus, je considère que l’on doit approcher la question du chien de compagnie à travers la relation et pas uniquement de ses comportements.

Vous pourriez dire que ce n’est qu’une question de mots ! Oui, mais les mots et le langage influencent nos pensées et notre vision des choses et, comme la question du lien avec une autre espèce est complexe, les raccourcis sémantiques conduisent à raccourcir les pensées.

C’est aussi une façon de marquer la différence avec une approche médicale et pathologique du comportement. Je le redis, si le chien vivait sans humains avec ses congénères, il ne montrerait aucun problème de comportement et encore moins de troubles ou de pathologies dites comportementales. Le comportement du chien s’inscrit dans son éthogramme et est en ce sens normal puisqu’il répond toujours à une stimulation à laquelle il a appris à répondre en tant que chien. C’est parce cette réponse ne convient pas ou interroge l’humain qu’elle devient suspecte de déviance ou de pathologie.

Je comprends très bien que le comportement puisse être gênant pour l’humain ou la société, et en ce sens il peut nécessiter d’être modifié mais il ne pourra l’être que si on l’approche à travers les effets de la relation et de l’environnement dans lequel elle s’inscrit.

C’est donc ainsi que j’aborde mon métier et ma pratique d’aide aux maîtres. Vous comprendrez alors que ceci nécessite l’acceptation pour les maîtres de s’adapter aux besoins du chiens, tout en prenant en compte la spécificité de la relation et les enjeux psychoaffectifs canins et humains dont elle se nourrit.

2. Le mot « hiérarchie » semble devenir tabou depuis quelques années. Mais pour vous, elle est nécessaire. Qu’est-ce que vous entendez par « hiérarchie » ?

Là encore la question des mots est essentielle. Les mots ont une définition dans le dictionnaire mais c’est surtout ce qu’ils véhiculent pour chacun qui est important. Pour certains ce mot fait peur, d’autres le refusent catégoriquement, d’autres en abusent !

Comme j’essaie de le décrire dans mon livre, ce qui n’est pas simple, il faut une hiérarchie mais elle doit avoir une définition bien plus complexe que ce que la plupart des gens imaginent. Parlons-nous de hiérarchie pour la relation enfants-parents ? Pas si simple, et l’on parle d’ailleurs plutôt de « hiérarchie intergénérationnelle » ! Alors de quoi s’agit-il ? D’une relation basée sur l’apprentissage de règles, de limites, de cohérences, de calme, de sérénité, d’affection, d’amour, de complicité, de protection, de confiance, etc. C’est exactement la même complexité et richesse qu’il est essentiel de mettre derrière le terme de hiérarchie entre maître et chien, d’où la difficulté d’utiliser des mots qui raccourcissent encore la pensée.

J’ose dire que la hiérarchisation de la relation avec le chien est du même type que celle que l’on vit avec l’enfant jusqu’à ce qu’il atteigne un âge où il accède au raisonnement.

Si l’on a banni l’idée de hiérarchie avec l’enfant c’est qu’elle véhiculait des choses intolérables comme le rapport de force physique et autres contraintes. Mais sur le fond et si l’on exclue les comportements inacceptables, ce qui fonde l’idée d’une hiérarchie doit rester afin de ne pas créer des enfants rois.

Si l’on prend le temps de regarder les effets d’une relation sans hiérarchie avec l’enfant on peut se rendre compte qu’ils sont du même type que les effets sur le chien.

Malheureusement pendant longtemps, chez l’enfant, on a fait alors appel à un psychologue pour l’enfant alors que nous savons aujourd’hui que les thérapies qui permettent d’améliorer les choses sont des thérapies familiales puisque l’enfant n’est que le résultat de ce qu’a porté la relation. Dans la plupart des cas, il n’a pas non plus, de façon innée, de problèmes de comportement. Je parle bien sûr ici du cadre général de la vie, hors les cas de véritables maladies neurologiques qui existent autant chez le chien que chez l’humain mais qui sont en fait assez rares.

Voilà pourquoi, encore une fois, la question des termes est essentielle et pourquoi à force de vouloir simplifier les choses par économie, par mode ou par peur, on finit par ne plus savoir de quoi on parle.

Oui le chien doit vivre dans un cadre hiérarchique, structurant, rassurant, permanent, claire, dans lequel l’amour, l’affect, la complicité doivent absolument avoir une place tout aussi essentielle. Pour toutes les espèces sociales animales, dont l’humain, la structuration sociale est avant tout rassurante car elle permet à chacun de connaître sa place et les droits et devoirs qui s’y attachent. Sans apprentissage de cette place et des codes de communication qui permettent de la vérifier, les individus sont en danger.

3. Vous développez une partie intéressante sur la dépendance du maître envers son chien. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En dire plus est difficile dans la mesure où j’ai essayé, dans mon livre, de rendre les choses accessibles en développant cette thématique qui est riche et complexe. Par contre je peux essayer d’en dire moins, ce qui reste aussi assez difficile comme exercice.

Si j’ai insisté et précisé que je considère que le maître est dépendant de son chien c’est que dans de très nombreux cas, pour ce qui est du chien de compagnie bien sûr, la relation avec le chien répond directement à des besoins psychoaffectifs humains plus ou moins conscients qui y trouvent une réponse gratifiante. Autrement dit, quand, dans une relation, un tiers détient une réponse positive et donc gratifiante aux besoins de l’autre, ce dernier en est de fait dépendant. Mais c’est encore plus compliqué avec le chien, car comme il est facile, du fait de son non accès au langage de lui faire dire ou penser ce que l’on veut, on projette en lui et en ses comportements toutes les réponses aux besoins auxquels on a besoin qu’il réponde. Par exemple : j’ai besoin de me sentir aimé, un simple regard du chien peut assouvir ce besoin puisque je peux facilement traduire dans ses yeux que je suis un bon maître et qu’il m’aime… Ceci est peut-être vrai, là n’est pas la question, ce qui compte c’est qu’avec le chien je peux faire à la fois la question et la réponse qui m’intéresse puisque lui ne dira jamais si je me trompe ou pas !

C’est d’ailleurs ce qui fait de telles désillusions quand un jour, pour un motif quelconque, enfin pas pour lui, le chien mord son maître… A cet instant, comme le maître ne comprend pas vraiment les motifs canins, il traduit cela en désamour et les choses se compliquent dans la relation.

Voilà, pourquoi je considère que l’humain est dépendant de son chien comme de tout ce qui lui apporte une émotion gratifiante et ceci d’autant plus que cela touche souvent à l’estime de lui même. Ceci est aussi vrai entre humains et les manipulateurs dit « pervers » l’ont très bien compris. Mais le chien n’étant pas capable de ce genre de jeux psychologiques, l’humain se sent encore plus en confiance avec l’animal et y investit de très nombreuses attentes.

4. Est-il si stressant pour un chien de vivre avec un humain ?

C’est une bonne question mais je ne peux y répondre car ce n’est pas de vivre avec l’humain qui est stressant mais la qualité de la relation qui peut rendre cette vie stressante. Le chien est un animal social et en ce sens a besoin de vivre avec d’autres individus. Avec ses congénères, c’est plus simple car ils se comprennent. Avec l’humain, cela peut être très compliqué et stressant du fait de l’incompréhension.

Pour moi un chien peut vivre avec l’humain sans stress si et seulement si il est compris en tant que ce qu’il est et donc respecté en tant que chien. Si ses besoins sont respectés il n’y aura pas de stress lié à la relation. Encore faut-il bien comprendre et accepter ses besoins propres.

5. Quel est le conseil le plus important que vous pouvez donner pour développer une bonne relation avec son chien ?

Être aussi attentif à ses besoins sociaux et psychiques qu’à ses besoins physiologiques.

Autrement dit, aujourd’hui les maîtres sont capables de payer des fortunes pour des produits alimentaires afin de répondre à des besoins nutritifs toujours plus détaillés ! Quand les maîtres investiront et montreront autant d’intérêt sur la connaissance et la compréhension de l’identité réel de leur chien, alors ils seront en mesure d’établir la meilleure relation possible.

Le problème réside essentiellement dans le fait qu’il est plus facile de payer un produit décrit comme essentiel pour le chien que de s’engager dans une recherche de compréhension voire une remise en question ! Toutes les relations harmonieuses entre individus reposent sur une notion fondamentale : le respect de l’autre et des différences. Il en est de même pour la relation avec le chien.Votrechienetvous

Pour une relation harmonieuse il faut chercher à « penser chien » et pas à sa place. Pour cela il faut le comprendre et s’adapter à ce qu’il est.

Merci Eric !

 

Le site d’Eric Bonnefoi : chienfacile.fr

Son livre : Votre chien et vous : heureux ensemble – Ce qu’il faut savoir et faire pour vivre en bonne harmonie

 

 

 

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