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Il n’y a pas de mauvais chiens, seulement de mauvais maîtres… vraiment ?

« Il n’y a pas de mauvais chiens, seulement de mauvais maîtres. »

Qui n’a jamais entendu cette phrase ? Elle part certainement d’une bonne intention : rappeler que le comportement d’un chien ne peut pas être dissocié de la manière dont l’humain l’éduque, le comprend et répond à ses besoins.

Pourtant, quelque chose me gêne dans cette formule : ce petit mot répété deux fois, « mauvais ». Car parle-t-on vraiment de la même chose lorsque l’on évoque un « mauvais chien » et un « mauvais maître » ?

Deux « mauvais » qui ne veulent pas dire la même chose

Dans le langage courant, un « mauvais chien » désigne généralement un chien que l’on juge méchant, agressif ou dangereux : celui qui grogne, mord, attaque ses congénères, tue un autre animal ou se montre difficile à contrôler.

Le mot porte alors presque un jugement moral : il y aurait les gentils chiens et les méchants chiens.

Lorsqu’on parle d’un « mauvais maître », le sens est différent. On ne pense pas nécessairement à quelqu’un de méchant, mais plutôt à un maître médiocre, incompétent, négligent ou incapable de comprendre correctement son chien.

La formule utilise donc le même adjectif pour désigner deux choses différentes : d’un côté, la supposée « méchanceté » du chien ; de l’autre, les compétences et les choix de l’humain.

Mauvais chien

Le chien ou son comportement ?

Un chien peut mordre, agresser un autre animal, défendre une ressource ou devenir dangereux dans certaines circonstances. Il ne s’agit évidemment pas de minimiser ces comportements.

Mais dire « ce chien a mordu » et dire « c’est un mauvais chien » sont deux choses différentes.

Dans le premier cas, on décrit ce que le chien a fait. Dans le second, on transforme ce comportement en une caractéristique du chien lui-même.

Or un comportement dépend de nombreux facteurs : génétique, émotions, motivations, stimulations du milieu, apprentissages…

Les prendre en compte ne revient ni à excuser le comportement ni à nier ses conséquences. Cela permet simplement de ne pas confondre ce que fait un chien avec ce qu’il est.

Un chien difficile fait-il un « mauvais maître » ?

C’est l’autre raccourci que peut suggérer la formule : considérer que les comportements problématiques d’un chien sont nécessairement le reflet de son maître.

Bien sûr, l’humain a une influence considérable. Il organise le quotidien de son chien, son environnement, ses activités, son éducation et la manière dont sont gérées les situations difficiles. Ses choix, mais aussi ses erreurs, ont des conséquences.

Pour autant, il ne façonne pas entièrement le chien avec lequel il vit.

Celui-ci possède un patrimoine génétique, un tempérament et une histoire qui lui sont propres. Certaines expériences déterminantes ont pu avoir lieu avant même son arrivée chez son maître. Lorsqu’il est adopté adulte, une partie de son passé peut être inconnue. Sa santé ou la douleur peuvent également modifier son comportement.

Deux chiens élevés dans des conditions similaires peuvent d’ailleurs devenir des adultes très différents.

Avoir un chien difficile ne suffit donc pas à faire de quelqu’un un mauvais maître.

Mauvais maître

Et si c’était une question de compatibilité ?

Il existe une autre dimension que la formule laisse complètement de côté : celle de la compatibilité entre un chien, son maître et leur mode de vie.

Nous choisissons parfois un chien pour sa race, son apparence, l’image que nous en avons ou la relation dont nous rêvons. Mais nous allons vivre avec un individu, avec son tempérament et ses besoins propres.

Une personne plutôt sédentaire peut ainsi se retrouver avec un chien qui a un grand besoin d’activité. Un maître très démonstratif avec un chien qui recherche peu le contact. Un humain impatient ou très énergique avec un chien particulièrement sensible.

Aucun des deux n’est nécessairement « mauvais ». Ils peuvent simplement être mal assortis.

Et l’environnement fait lui aussi partie de l’équation. Un chien très sensible aux bruits, aux mouvements ou à la proximité de ses congénères pourra être relativement à l’aise dans un environnement calme et se trouver constamment en difficulté dans un quartier très animé où les possibilités de prendre ses distances sont faibles.

Le chien est le même. Son maître aussi. Ce qui change, c’est le contexte dans lequel ils doivent vivre ensemble.

Il faut donc aussi considérer l’adéquation entre le chien, son humain et l’environnement dans lequel ils vivent.

Ne pas être coupable ne signifie pas ne pas être responsable

Reconnaître le rôle du tempérament, de l’histoire du chien ou de son environnement ne doit pas pour autant conduire à dédouaner son maître.

Le chien n’a généralement choisi ni son propriétaire, ni son lieu de vie, ni le rythme de ses journées, ni les situations auxquelles il est exposé. L’humain, lui, peut prendre du recul : observer ce qui ne fonctionne pas, chercher à le comprendre et modifier ce qui peut l’être.

Cela peut demander de revoir certaines pratiques, d’adapter le quotidien ou l’environnement, de demander de l’aide, mais aussi parfois de revoir les attentes que l’on avait envers son chien.

On peut commettre des erreurs sans être un « mauvais maître ». On peut aussi se retrouver, malgré soi, avec un chien dont les besoins ou le tempérament correspondent mal à notre mode de vie. Mais une fois la difficulté identifiée, la responsabilité de l’humain est de chercher ce qu’il peut faire pour améliorer la situation.

Le maître n’est donc pas responsable de tout ce qui fait son chien. Mais il est responsable de ce qu’il fait avec le chien qu’il a.

Alors, qui est le « mauvais » ?

Finalement, c’est peut-être le mot « mauvais » lui-même qui me gêne dans cette formule.

Appliqué au chien, il transforme des comportements en jugement sur l’animal. Appliqué au maître, il résume en un adjectif des situations qui peuvent être bien plus complexes.

Cela ne signifie pas que toutes les responsabilités se valent ni que tous les maîtres font ce qu’il faut pour leur chien. Mais entre le « mauvais chien » et le « mauvais maître », il existe beaucoup de situations qui méritent mieux qu’une étiquette.

Alors, plutôt que de chercher un « coupable », peut-être vaut-il mieux chercher ce qui ne va pas, et surtout ce que l’on peut changer.

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