L’autre matin, Noxx a rencontré un Berger australien en promenade.
Tous les deux étaient en laisse. Des laisses de plusieurs mètres.
Ils ont tourné l’un autour de l’autre, reniflé, échangé quelques signaux. Le Berger s’est immobilisé et a détourné la tête. Noxx s’est écarté. Et c’était terminé. Calmement et sans incident.
Une rencontre ordinaire. Sauf qu’elle n’aurait pas dû avoir lieu.
Ce que disent les professionnels — et pourquoi ils n’ont pas tort
Le consensus est clair chez les pros : les rencontres entre chiens, lorsqu’ils sont en laisse, sont déconseillées. Voire interdites.
Et il est vrai que les arguments sont fondés.
Une laisse courte, tendue, modifie la posture du chien. Elle envoie des signaux de tension que l’autre chien peut mal interpréter. L’humain, trop proche, trop stressé, interfère dans l’échange sans même s’en rendre compte. Et surtout le chien ne peut pas s’écarter comme il le souhaite. Or s’éloigner est une option de communication essentielle. Quand elle n’existe plus, le chien n’a plus grand-chose à dire, sauf à hausser le ton en demandant à l’autre de s’éloigner.
Tout ça est vrai.
Mais il y a tout de même une brèche à combler entre ces arguments légitimes et la règle qu’on répète aujourd’hui.

Le glissement
« Pas de rencontre en laisse » est devenu un principe général. Comme si le problème était de tenir son chien en laisse, sans aucune autre nuance.
Je ne suis pas d’accord.
Parce que quand je promène mon chien avec une longe de cinq mètres, aucun des problèmes listés ci-dessus n’existe vraiment.
Il peut s’éloigner s’il le souhaite. Sa posture reste libre, rien ne tire, rien ne compresse. Je reste à distance, je n’écrase pas la rencontre de ma présence. Et la laisse n’est pas tendue.
Ce n’est pas une rencontre « en laisse » au sens où les pros l’entendent. C’est une rencontre accompagnée.
Ce qu’une laisse longue permet en plus
Il y a quelque chose que j’observe depuis que j’utilise de longues laisses avec mes chiens, et que je n’avais pas anticipé au départ.
Je vois mieux.
Quand le chien est libre en balade, l’interaction va vite. Trop vite parfois pour suivre, surtout si elle se déroule à distance. Avec une longe, je reste dans la boucle sans intervenir. Cela me permet d’observer la tentative d’évitement, le léger recul, le regard qui se détourne, tous ces micro-signaux qui nous en apprennent plus sur notre chien.
La longe permet aussi quelque chose qu’on ne peut pas faire en liberté totale : accompagner un chien qui manque de codes sociaux. Un chien qui fonce, qui envahit, qui ne lit pas les signaux d’évitement de l’autre. S’il est en liberté, on subit, on stresse, on passe notre temps à le rappeler. Avec une longe, on peut ralentir l’approche, laisser le temps aux deux chiens de se lire, reprendre doucement si ça va trop vite. On travaille l’interaction au lieu de la subir. Et cela nous permet de nous éloigner si l’autre chien montre clairement qu’il ne souhaite pas l’interaction.
Et dans l’autre sens : quand c’est l’autre chien qui pose problème. Un chien harceleur, envahissant, qui cherche à chevaucher. En liberté, vous courez après le vôtre pour l’extraire d’une situation qui se dégrade ou bien vous devez tenter de le rattraper car il s’est enfuit devant la rudesse de la rencontre. Avec une longe, vous n’êtes jamais très loin de votre chien et vous pouvez intervenir, vous interposer, sans avoir à courir après des chiens qui se déplacent rapidement (et qui se dirigent toujours vers une route…).
En pratique, comment on gère la longe
Que vous ayez une longe de dix mètres ou une laisse de trois mètres, il y a quelques réflexes à avoir pendant une rencontre :
Laisser du mou dès que les chiens s’approchent. Une laisse qu’on raccourcit en approchant, même involontairement, suffit à changer la dynamique. Laissez de la longueur pour rester en retrait.
Tourner avec son chien. Les chiens se reniflent en tournant, c’est leur façon naturelle de se saluer. Si vous restez immobile, les laisses s’emmêlent, les chiens se sentent coincés, et une rencontre qui se passait bien peut basculer en quelques secondes. Suivre le mouvement de son chien, rester fluide, anticiper la rotation.
Garder les yeux sur les deux chiens, pas sur la laisse. La laisse, vous la gérez en périphérie. Ce qui compte, c’est le langage corporel que vous lisez. Si un chien souhaite s’éloigner, ou qu’il est particulièrement excité, mettez tranquillement fin à la rencontre en invitant votre chien à vous suivre (ou en l’empêchant de suivre l’autre).
Ce n’est pas compliqué, mais ça demande d’y avoir pensé avant. La première fois qu’on se retrouve avec les laisses emmêlées et deux chiens qui commencent à se crisper, on comprend pourquoi.

Une règle qu’il ne faut pas toujours suivre
Quelqu’un qui suit la règle à la lettre fait quoi ?
Il croise un autre chien en promenade, il raccourcit la laisse, il change de direction. Ou il attend que l’autre soit passé.
C’est prudent et adapté pour certains chiens. Ce n’est pas forcément juste pour un chien qui n’a pas de problème particulier.
Parce que certaines de ces rencontres auraient été bonnes. Courtes, intéressantes, informatives pour le chien. Et surtout ce sont des occasions manquées pour l’humain d’apprendre à lire ce qui se passe quand son chien en rencontre un autre.
On prive le chien d’expériences sociales de qualité. Et on prive son humain de la seule école qui vaille : l’observation du comportement de son chien avec ses congénères.
La nuance est nécessaire
Je ne dis pas que tout le monde devrait laisser son chien rencontrer n’importe quel chien avec une longe dès demain.
Mais dans nos milieux de plus en plus urbanisés, il devient difficile de laisser son chien en liberté.
Rencontrer un autre chien en laisse demande d’être attentif, mais cela fournit une expérience enrichissante. Vous apprenez à lire quelques signaux de communication, à décider si vous devez intervenir ou pas (ne vous inquiétez pas, ça s’apprend avec la pratique). Et cela vous permet d’être près de votre chien sans trop envahir la communication entre chiens.
Le problème n’a jamais été la laisse.
Le problème, c’est la tension, qu’elle soit physique ou émotionnelle, et notre présence invasive, qu’elle soit physique ou émotionnelle aussi.
Supprimez la tension, et beaucoup de choses deviennent possibles.
Et vous, vous évitez systématiquement les rencontres en laisse ? Ou vous avez trouvé votre propre façon de faire ?


