Apprentissage et contexte

Vous avez parfois l’impression que votre chien se moque de vous, qu’il connaît bien un ordre que vous lui avez appris et pourtant, cette fois-ci, il fait comme s’il ne comprenait pas ?

Et si le signal que vous pensiez lui avoir appris n’était pas celui qu’il avait retenu ?

Etika et la peluche
Faut-il être assis pour obtenir la peluche?

Quoi et quand

Lorsque vous apprenez un ordre à votre chien, celui-ci est confronté à deux problèmes :

– il doit apprendre lequel de ses comportements produit la récompense (exemple : c’est quand il s’assoit qu’il obtient une friandise),

– il doit apprendre quel stimulus ou signal de son environnement prédit quand ce comportement donnera une récompense (exemple : le mot « assis » lui indique quand le fait de s’asseoir produit une friandise).

En d’autres termes, le chien apprend que la relation entre le fait de s’asseoir et la friandise fonctionne seulement quand elle est précédée du mot « assis ». En l’absence du mot « assis », le fait de s’asseoir ne produit rien.

Le chien apprend donc en premier quel comportement il doit effectuer. Puis il apprend quand le faire.

Par exemple, vous apprenez à votre chien à reculer. Pour cela, vous agitez la main, vous vous penchez en avant, vous avancez vers lui et vous lui dites « recule ». Vous le faites plusieurs fois de suite et récompensez généreusement.

A la sixième ou la quinzaine répétition, vous regardez votre chien en lui disant « recule »… et il recule tout seul. Bingo ! Vous pensez que votre chien a compris le signal. En fait, il se contente de répéter le mouvement qu’il vient d’effectuer plusieurs fois et qui a été récompensé.

Il a appris que le fait de reculer produit de bonnes choses. Mais il ne sait pas encore véritablement quel stimulus indique que ce comportement va réellement produire de bonnes choses.

Bao Dai et le cone
Bao Dai est récompensé quand il touche le cône avec sa patte. Mais il n’a pas encore appris le signal correspondant.

Discrimination et généralisation

D’un côté le chien doit apprendre à discriminer le stimulus pertinent parmi d’autres stimuli qui sont présents quand la récompense survient.

Dans notre exemple, pour l’ordre « recule », les stimuli sont: le mot « recule », se pencher en avant, agiter la main et faire quelques pas vers le chien. Et encore, on fait abstraction de l’environnement !

D’un autre côté, le chien doit apprendre à généraliser des stimuli semblables. C’est-à-dire qu’il doit apprendre que le mot « assis » signifie la même chose, que ce soit dans la cuisine ou en promenade, que ce soit vous qui le prononciez ou votre conjoint, que vous murmuriez ou criez.

Et bien souvent le chien ne va pas uniquement apprendre le stimulus que vous souhaitez lui apprendre (le mot « assis » par exemple) mais il va aussi apprendre que d’autre stimuli sont de bons signaux (lever la main, être face à lui, etc.)

C’est une des difficultés des concours d’obéissance où le maître doit rester immobile et seulement donner un ordre au chien. Car il suffit de s’observer pour se rendre compte qu’on se contente rarement de donner un ordre verbal au chien quand on lui apprend quelque chose. Nous parlons avec nos gestes parasites, et parfois nous l’entraînons dans le même contexte (télé allumée, sur un tapis, sur l’allée du jardin…). On ne s’en rend pas forcément compte mais le chien est un grand observateur.

Le jour où vous voulez montrer à vos amis comment votre chien maîtrise le « pan t’es mort » dans le jardin alors que vous l’avez fait uniquement sur le tapis du salon, en robe de chambre, avec des bouts de saucisse dans la main, vous risquez d’être très déçu. Votre chien a bien appris le comportement mais pas le signal que vous souhaitiez lui apprendre.

Le stimulus auquel le chien va prêter le plus d’attention peut être le collier que vous lui mettez pendant les entraînements, le lieu (ah ces chiens qui n’obéissent qu’au club canin!), vos habits, un hochement de tête, la présence de la pochette à friandise, etc.

Un chien sera plus sensible à votre langage corporel qu’à votre langage verbal car c’est plus naturel pour lui.

Lors de l’une de ses conférences, Ian Dunbar s’était amusé à prouver qu’un chien se fie rarement au seul ordre verbal. Il avait demandé à une personne du public, qui estimait que son chien connaissait bien l’ordre « assis », de le lui demander en étant assise par terre, couchée, dos à son chien, etc. Essayez, vous verrez que votre chien sera plutôt perplexe !

En conclusion, si vous souhaitez que votre chien se fie à un seul signal spécifique (verbal, visuel ou autre), faites graduellement disparaître les autres stimuli et généralisez dans différents endroits et différentes positions. Tant que vous ne l’aurez pas fait, vous ne pourrez pas dire que votre chien est têtu ou qu’il se moque de vous ! C’est juste qu’il n’aura pas fait le rapprochement entre votre signal et le comportement attendu.

 

3 réflexions sur “Apprentissage et contexte”

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