Les interactions entre le chien et l’être humain, selon Dominique Guillo, sociologue et anthropologue

7 Avr

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Dominique Guillo, lors du congrès du MFEC – mars 2013

La recherche universitaire commence à s’intéresser au chien depuis une quinzaine d’années, à travers des disciplines aussi variées que la biologie de l’évolution, l’éthologie, la sociologie et l’anthropologie.

1. Le chien, un animal unique au monde

Depuis toujours le chien est présent dans l’histoire de l’humanité. On trouve le chien dans toutes les sociétés humaines du monde, quel que soit le type de société : chasseurs-cueilleurs ou éleveurs-agriculteurs, des sociétés les plus industrialisées aux moins industrialisées. C’est un des rares animaux que tous les humains ont eu l’occasion de voir dans leur vie.

Le chien sert à tout : chasse, garde, travail, arme, secours, nourriture, peaux, jeux (courses, combats), recherche…. et il tient compagnie ! Il n’existe aucun autre animal qui en fasse autant.

Alors que l’homo sapiens sapiens est apparu il y a – 30 000 ans, on estime que le chien, lui, serait apparu un peu avant. La domestication des autres animaux  (chèvre, mouton, etc.) s’est faite il y a – 8 000 ans, la culture du blé a – 10 000 ans. Le chien était déjà là !

Autre fait important, on trouve des sépultures de chiens loin dans la préhistoire. Comme il s’agit de sépultures qui servent uniquement au chien, cela signifie qu’on enterrait le chien pour lui-même.

2. La domestication et la formation des races

Il faut distinguer la domestication et l’apprivoisement :

– Apprivoisement : animal qui vit loin de l’homme (espèce sauvage) avec lequel on va avoir un lien d’attachement.

– Domestication : plus ancrée dans les gènes, le génome est modifié par le contact avec l’être humain.

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Arbre phylogénétique des canidés (étude de séquences ADN), d’après Lindblad-Toth (2005). On voit que le loup gris et le chien ont un ancêtre commun, tous deux partageant un ancêtre commun avec le coyote, etc.

Il y a très peu d’espèces susceptibles d’être domestiquées. Dans certaines parties du monde, il n’y a pas eu de domestication car les espèces ne s’y prêtaient tout simplement pas.

Longtemps, pour expliquer l’origine du chien, on a émis l’hypothèse intentionnelle, c’est-à-dire que des humains auraient prélevé des loups dans la nature. Or, la plupart des chiens ne servent à rien, alors pourquoi domestiquer le loup à l’époque ?

De plus, les hommes préhistoriques de cette époque sont peu évolués, il est difficile de penser qu’ils pouvaient planifier quelque chose.

Mais si les humains n’en ont pas eu l’intention, comment la domestication a-t-elle pu se faire ?

On pense que vers – 50 000, il existait des canidés semblables aux loups, espèce qui n’existerait plus de nos jours.

A cette époque, les campements humains se développent. Les animaux les plus téméraires vont pouvoir accéder à une corne d’abondance : les déchets humains.

Avec un taux de reproduction plus élevé, au bout de plusieurs générations, une divergence génétique survient entre ceux qui restent dans la forêt et ceux qui s’approchent des campements.

Le chien ne descend pas du loup mais partage un ancêtre commun.

Une fois que l’espèce est là, l’humain peut prendre le relais et avoir certaines intentions. Mais le processus de formation du chien n’a pas été intentionnel.

Les races, elles, sont très récentes. La race est l’appariement d’individus qui se ressemblent. Mais les chiens qui se ressemblent ne sont pas forcément identiques génétiquement. Ce n’est pas parce qu’un chien ressemble à un loup qu’il en est plus proche qu’un autre.

Le chien n’est pas un animal dénaturé, c’est un animal sauvage : c’est un animal qui vit dans son environnement naturel. Il est adapté à sa niche anthropogénique. La vie sauvage du chien est de vivre près de l’homme. Un chien qui vivrait isolé de l’homme ne deviendrait pas un loup.

Il est intéressant de noter qu’il n’y a jamais eu de numéro de cirque avec des loups. Il est plus facile d’apprivoiser un lion qu’un loup.

Il faut faire attention au modèle du loup et se concentrer sur les différences plutôt que sur les ressemblances.

3. Malentendus et anthropomorphisme

Un chien qui détruit son intérieur prend un air coupable. Mais selon une expérience réalisée il y a quelques années, si une personne détruit l’intérieur à la place du chien, ce dernier prend aussi un air coupable !

Il y a visiblement des problèmes d’interprétation de la conduite du chien.

L’anthropomorphisme consiste à utiliser les catégories, les concepts qu’on utilise dans la psychologie humaine pour les animaux (vouloir, désirer, se venger, etc.). Il n’y a pas de problème à utiliser ces catégories. Le problème est d’utiliser indûment une catégorie qui ne fonctionne pas dans le cas de l’animal.

Il est difficile de se mettre à la place de l’animal car il est déjà difficile de se mettre à la place d’un autre être humain. On a tous des appartenances sociales (métier, milieu social, etc.) qui fait qu’on comprend moins les individus appartenant à d’autres appartenances. C’est la difficulté rencontrée par l’anthropologue dans une tribu.

4. Qu’ont-ils dans la tête ?

La théorie de l’esprit consiste à interpréter le comportement d’autrui en tant que désir et croyance. Cela apparaîtrait chez l’humain un peu avant 4 ans. Des expériences tendraient à dire que le chien n’en est pas totalement dénué.

Un exemple significatif est le fait de pointer du doigt, qui est commun à toutes les sociétés humaines. Tous les animaux regardent le doigt quand on pointe quelque chose. Le chien est le seul à regarder dans la direction du doigt. Les chiens ont plus la capacité de l’apprendre que les autres animaux. Ils reconnaissent aussi des mots.

On peut dire que le chien est plus proche de l’homme que ne l’est le chimpanzé.

Le chien a une grande capacité d’imitation. Il peut imiter un autre chien même si ce dernier n’utilise pas la procédure la plus simple ou la plus rationnelle pour obtenir quelque chose.

Le chien est obsédé par ce que les autres font.

L’humain est obsédé par ce que les autres pensent.

5. La place du chien dans les sociétés industrielles actuelles

Auparavant il y avait très peu de chien de compagnie. Les chiens n’entraient pas dans la maison. C’était un vecteur de maladie.

Certains disent que le chien serait un substitut affectif, un anxiolytique. Il comblerait le vide affectif des sociétés occidentales. Si c’était le cas, on devrait trouver des chiens chez les gens seuls. Or, ils sont beaucoup plus nombreux dans les familles avec enfants.

C’est une sociabilité d’un type particulier, différente de celle entre les humains.

On peut constater des excès chez certains défenseurs des droits des animaux, la valorisation de l’animal étant le revers de la déception de l’humanité.

6. La place du chien dans les sociétés non-industrielles

On constate une interaction entre le comportement du chien et celui de l’humain.

Les chiens sont différents selon les cultures.

Dans certaines zones géographiques, on peut avoir un chien de compagnie d’un côté et chasser les chiens errants de l’autre.

Au Maroc [où Dominique Guillo effectue des recherches], mon propre chien y est très apprécié alors que les chiens errants de la région sont considérés comme dangereux et la cible de jets de pierre car vecteurs de maladie (rage) et souvent agressifs (nombre important de morsures).

(notes sur la conférence de Dominique Guillo lors du congrès du MFEC – mars 2013)

Le livre de Dominique Guillo :

Des chiens et des humains

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